Agathe Lepoutre est diplômée des Beaux Arts de Paris dans la section multimédia. Elle a continué sa formation dans une résidence d'artiste en Arménie pendant un an.

 

Dans les travaux d’Agathe Lepoutre le monde se forme par stratification, et c’est dans sa décomposition qu’il surgit - ou se donne - et apparaît - ou se révèle. 

 

Le tracé d’une plume pour écrire ou dessiner, la présence du corps de l’artiste dans le rituel dépersonnalisant de la performance, l’appareil de la photographe et vidéaste — qu’il documente une rencontre ou partage un pouvoir contrastant, de rupture, dans ses vidéos de ction au fondement plus abstrait — concourent ensemble un approfondissement, une immersion dans la chair du monde, peut-être jusqu’ sa source.

 

Cette ouverture serait le chemin le plus direct vers son mystère.

 

Ses ouvrages sont des méditations, comme des études, des expérimentations où savoir et sacré se confondent (s’unissent). Comprendre l’existence des êtres au travers des villes abandonnées, des vies absentées, autant qu’avec la sidération qu’impose la présence de l’autre, sa puissance sourde et organique, la présence de son visage, de cette autre singularité résistante.

Le destin du corps d’un animal accidenté, le silence d’un homme, dégagent les deux temporalités qu’elle oppose, celle de la chair et des os, ce qui est voué disparaître et ce qui demeure, fait sol, avec un os et le silence, peut-être même souche.

 

Elle râpe ses sujets jusqu’au noyau comme on gratte une roche pour en extraire son cristal, l’os, pour les dégager du poids des strates des passagers. Comme l’air avive le feu, mort et vie s’accompagnent l’une l’autre.

L’opposition n’est pas une résolution. On fait face à la mort comme à une singularité, à un individu.

 

Tout ce qui appartient au monde jusqu’ la décomposition des chairs parle de la vie.

 

Son travail sur les corps témoigne de l’espace et de la distance de la surface des peaux jusqu’ l’os, qui serait pour elle comme le cœur d’une étoile, noyau d’éternité, cela même qui demeure.

 

Aller jusqu’à l’os est aller au-delà de l’identité, c’est aller vers une source, la pierre de fondation, c’est permettre à l’origine de revenir au monde, comme aux chairs, de se dissiper.

 

Polir et sculpter un os et y mettre du souffle, spiritualiser sa matière, attiser les braises.

 

Filmer un temple ou un visage est ronger jusqu’à une source.

 

Le mystère ne cherche pas de résolution, Os ou Autre, il est la résistance de la présence même.

Et c’est cela pour elle le gouffre ; la fractalité de l’être et une pierre au commencement.

J.E