Et ton corps redeviendra poussière

Et ton corps redeviendra poussière

Au détour des murs,

reflets aux souvenirs troublés,

tu trouveras ma présence.

Au loin je te verrai disparaitre comme un ciel d’orage durant une nuit de pleine lune.

Nous chercherons ensemble les chemins qui mènent à la lumière des cierges jaunes,allumés entre les plaques de métal noircies.

Tu me parleras de la couleur de ta mémoire,

du poids du monde,

de la légèreté d’une robe de mousseline portée par une jeune femme à l’âge de sa féminité.

Tu n’utiliseras plus les mots qui font partie de la langue d’antan.

Il y avait des ciels que nous aimions regarder ensemble,

A la fin de l’été quand enfin la chaleur se faisait absorber par l’automne.

Te souviens-tu de l’odeur chaude du sable ?

Du grain de ma peau brunie par le soleil de plomb ?

De l’effondrement de ton corps dans une piscine glacée ?

Du rouge des coquelicots ?

Te souviens-tu du goût des larmes qui suit la douleur et quand dans le silence d’une nuit sans étoiles,

tu te blottissais contre moi, parce que tu t’étais perdu dans les recoins de ta propre obscurité ?

Il y a, quelque part dans les grottes parmi les vaches arméniennes,

un coffre dont toi seul a la clé.

Au-dedans nous y trouverons le temple blanc dont tu as tant rêvé,

nous brûlerons ensemble auprès du bassin aux milles couleurs,

tout en haut de l’empyrée.

Tu te perdras dans le bleu du ciel.

Où es-tu, toi qui voyages dans les profondeurs de mes pires cauchemars ?

Toi qui n’a de cesse de me dévorer chaque nuit.

Il arrive parfois qu’aux détours des paysages incandescents,

je crois t’apercevoir au loin,

avec un sourire énigmatique.

J’aimerais entrevoir les bribes des visions auxquelles je n’appartiendrai jamais.

Et ton corps redeviendra poussière encore une fois.

Je continuerai à te chercher aux détours des ruines, vestiges de la vie que nous n’aurons jamais ensemble.

Rappelle-toi le rythme de ma pensée esseulée,

les saccades de mon corps sous la chape de ton regard.

La profondeur de l’écho de nos êtres marchant ensemble.

Je t’entends parfois murmurer dans le creux de mon cou,

ce qui n’a pas été fait,

ce qui manque à ton devenir.

Tu me dis que l’amour est une valse à deux temps et que tu cherches encore ta cavalière.

Mais je sens que ta chasse n’aura pas de fin,

qu’au fur et à mesure des mondes que nous parcourrons ensemble,

nous ne trouverons pas le repos tant que nous ne serons pas rassemblés.

Et je continuerai à mûrir,

Encore et encore,

Toi, Tu resteras bloqué dans les cercles infinis de la cage dans laquelle je t’aurai placé.

Et ton corps redeviendra poussière sans jamais disparaitre totalement

car il me sera toujours impossible de te faire disparaitre totalement.

De la même manière qu’il ne peut y avoir de jour sans nuit,

de joie sans douleur,

De douleur sans amertume,

je suis ton ombre tu es mon ombre.

Et tout deux nous n’existons que grâce à la révélation de ceux qui nous mettent en lumière,

le temps d’un regard,

d’un murmure,

d’un cri.